Le Bulletin de méthodologie sociologique (BMS) est une revue à comité de lecture spécialisée dans les méthodes des sciences sociales. Créé en 1983 par Karl van Meter, ingénieur de recherche du CNRS et américain d’origine, le BMS publie des articles en français ou en anglais. La présentation sur le site de la revue précise :
« La revue porte un projet scientifique dans lequel les méthodes d’enquête, de terrain mais aussi d’analyse, sont appréhendées à travers l’échange d’expériences et font l’objet d’un débat constructif portant sur l’adéquation entre des questions de recherche, des outils éprouvés ou innovants et des façons, variées, de les mettre en œuvre.
Le BMS accompagne le renouveau des débats méthodologiques en sciences sociales à partir des orientations suivantes :
Une posture volontairement empirique : il s’agit d’incarner la méthode dans ses mises en œuvre pratiques plutôt que de discourir à son propos, en insistant sur la variété des approches possibles ;
L’établissement de ponts entre les disciplines : le BMS se veut une revue de sciences sociales, voire d’humanités, et pas seulement, comme son titre pourrait le laisser croire, de sociologie ;
Le dialogue entre les pratiques générationnelles : le tournant numérique que les sciences sociales se trouvent devoir prendre génère quantité d’outils qui laissent à penser que les plus jeunes travaillent très différemment de leurs aînés, ce qui reste à vérifier et le cas échéant, à comprendre et à documenter ;
Une approche par “trucs et astuces” : nous pensons que la recherche en sciences sociales ne devrait pas se satisfaire des chemins méthodologiques déjà tracés selon une logique de bonnes pratiques. Au-delà du caractère innovant de tel ou tel outil ou de telle ou telle méthode, c’est l’originalité et la fécondité de l’adaptation d’une méthode à un terrain et/ou à des données que nous privilégions. »1
Nous avons sollicité Sophie Duchesne et Viviane Le Hay, qui ont pris la suite de Karl van Meter à la direction du BMS en 2017, pour évoquer cette revue, son positionnement, son ancrage disciplinaire, ses spécificités, sa position par rapport à l’open access et aux data papers.
Sophie Duchesne est directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et membre du Centre Émile Durkheim (UMR du CNRS, de Sciences Po et de l'Université de Bordeaux). Elle étudie actuellement le nationalisme banal et dirige le projet ETPAF sur la transmission du nationalisme au sein des familles, après avoir travaillé sur la citoyenneté, les identités politiques et les attitudes des citoyens à l'égard de l'intégration européenne.
Viviane Le Hay est ingénieure de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et membre du Centre Émile Durkheim (UMR du CNRS, de Sciences Po et de l'Université de Bordeaux). Docteure en sociologie, elle coordonne le pôle « Méthodes et données » de son laboratoire. Elle est spécialiste du traitement de données d’enquête par questionnaire et de l’analyse géométrique des données. Elle est également responsable des enseignements DECA (Données : enjeux, collecte et analyse) du premier cycle de Sciences Po Bordeaux.
Vous avez poursuivi l’action de Karl van Meter, le fondateur du BMS : comment s’est passée la reprise de la revue en 2017 ? Est-ce que vous vous êtes positionnées par rapport aux revues de méthodes qui existaient alors ?
Viviane : Karl nous a toujours laissé faire tout en étant toujours là, en soutien plus qu’en contrôle. On n’a pas vraiment eu de difficultés particulières à mettre les choses en place, sauf que nous avons été surprises, en arrivant, de ne trouver aucune soumission en cours. Il n’y avait aucun article en attente quand on a pris la revue. Les derniers numéros publiés par Karl et ses collègues proposaient beaucoup de résumés de conférences, d’articles ou d’ouvrages, mais moins d’articles de recherche. Ca a donc été notre première mission : attirer des soumissions d’articles de recherche pour les premiers numéros.
Sophie : Peut-être faut-il dire que nous ne sommes pas allées chercher la revue, c’est la revue qui est allée chercher Viviane. Karl a proposé la revue à Viviane, mais elle ne se sentait pas de s’en occuper toute seule. Et c’est le moment où j’arrivais à Bordeaux. Donc on a dit qu’on allait faire ça ensemble. J’ai rencontré Karl à Paris à l’époque, Viviane n’avait pas pu venir, puis les gens de Sage à Londres puisque j’étais alors chercheuse invitée à Oxford. Et puis on a plongé… On n’a pas vraiment mené de réflexion en amont par rapport au paysage éditorial des méthodes en France, vraiment pas.
Viviane : Non, la vraie question pour nous, ça a été : comment récupère-t-on des articles ? Donc, en fait, on n’a pas démarré en 2018, on a bien démarré en 2017. Mais la première décision majeure, ça a été de ne pas faire un premier numéro pour janvier 2018, qu’il aurait fallu soumettre tout de suite, dès octobre 2017. On a préféré préparer un numéro double pour avoir le temps de se retourner.
Sophie. Oui, on ne s’est pas posé la question de comment on se positionne par rapport aux autres, car on s’est posé une seule question toutes les deux : comment trouver des papiers pour faire le premier numéro. On s’est dit que sinon, il allait falloir beaucoup écrire (rire). En fait, on n’a pas eu besoin de faire ça, mais on a quand même surtout joué les entrepreneuses. Cela dit, nous avions une obsession, en termes de ligne éditoriale : animer une revue de méthodes en France – ce qui selon nous n’existait pas vraiment à l’époque - qui évite les bonnes pratiques. On n’a jamais voulu faire une revue pour dire aux gens ce qu’ils devaient faire. L’objectif a toujours été de donner des idées, d’ouvrir à d’autres façons de faire, de faire une revue vraiment de recherche méthodologique.
Une philosophie anti-"bonnes pratiques" ?
Sophie : Oui. Le BMS se distingue par son refus des recettes méthodologiques toutes faites. Pour nous, les bonnes pratiques sont des façons de normaliser les choses. Nous c’est le contraire. On ne veut pas dire aux gens ce qu’ils doivent faire, mais leur donner des idées et surtout, les amener à réfléchir à leurs propres méthodes, à ce qu’ils et elles font, à leurs choix par défaut. Par exemple, quand on reçoit un article, on ne se demande pas s’il suit les règles, mais s’il montre une vraie conscience de ce que l’auteur a fait : pourquoi il a choisi telle méthode, quels étaient les biais possibles, comment ont été gérés les imprévus… La réflexivité, pour nous, c’est ça : rendre visible le processus de recherche, pas juste les résultats. C’est pour cela qu’on publie des textes comme celui de Daniel Bizeul, qui revient sur les non-dits de son enquête ou sur les silences de son terrain. Ça, c’est de la méthodologie vivante ! Pas un manuel.
En tant que lecteur et en tant qu’auteur, j’ai bien perçu l’importance de la réflexivité pour la revue.
Sophie : Le BMS ne cherche pas des "recettes" ou des démonstrations techniques, mais une interrogation critique des choix méthodologiques. Un exemple illustre bien cet aspect. On avait un projet de numéro spécial sur les méthodes numériques. Il a dû être abandonné. On a reçu diverses propositions de mise en œuvre [de méthodes numériques], mais pas de mise en œuvre réflexive. Les auteurs montraient qu’ils savaient faire mais ils n’interrogeaient pas ce qu’ils avaient fait. Pour nous, c’est la différence : on veut savoir si les gens ont conscience de ce qu’ils font, pas qu’ils nous montrent qu’ils sont les meilleurs. C’était ça le problème avec le numéro spécial sur les méthodes numériques : on a reçu des textes qui décrivaient des outils, des protocoles, mais sans jamais questionner leurs limites, leurs biais ou les choix sous-jacents. Donc on a dû annuler le numéro, parce qu’on n’avait pas assez de textes qui répondaient à nos critères. Pour nous, la méthodologie, c’est d’abord une réflexion sur ce qu’on fait, pas une boîte à outils.
Viviane : L’important, c’est de continuer à faire ce que l’on aime : une revue qui donne des idées, pas des recettes. Les méthodes font la recherche bien plus que ce que les gens croient. Donc on continue, tant qu’on peut, à donner des idées plutôt que des recettes. D’ailleurs, les auteurs ont la possibilité de développer une réflexivité et d’approfondir les choses car nous n’avons pas de limite de signes. Ca, ça nous caractérise tout particulièrement. Je me souviens, dans les premières années, on a reçu un texte, qui avait été refusé ailleurs (par une autre revue) parce que trop long. L’auteur nous a demandé : ‘Est-ce que ça vous pose un problème ?’ On a dit non. Pour nous, la question est de savoir si on s’ennuie en lisant l’article. Si on est intéressé de bout en bout, peu importe sa longueur.
La réflexivité au cœur du projet
La revue se distingue donc par cette réflexivité au cœur des articles, par l’absence d’une limite pour le nombre de signes, mais aussi par de nombreuses rubriques : méthode de ma thèse, outils et instruments, etc. Avec de nombreuses rubriques, l’objectif est-il de favoriser la publication de papiers différents ?
Viviane : Justement, il va y avoir du changement sur les rubriques [rires] ! On a réuni le comité éditorial de la revue au printemps dernier, et en gros, ils nous ont tous dit : ‘On n’y comprend rien à vos rubriques’ Donc on s’apprête à faire une grande remise à plat. C’est vrai que ça a été notre façon à nous de faire du pilotage éditorial, ça a été d’inventer des rubriques. A l’arrivée, on a tout de suite basculé sur un modèle à l’anglo-saxonne, où on était éditrices toutes les deux, et nous ne basions nos décisions que sur des évaluations extérieures. Les rubriques, c’était notre façon de structurer la revue. On avait des rubriques comme ‘Méthode de ma thèse’, ‘Fabrique de la recherche’, ‘Outils et instruments’… Mais au final, personne ne comprend vraiment à quoi ça correspond. Donc on va tout simplifier : plus de rubriques fixes, juste des articles de recherche, avec éventuellement des formats différents. On va faire table rase et repartir sur quelque chose de plus clair. L’idée, c’est de garder l’esprit d’innovation, mais sans la complexité inutile.
Sophie : Les numéros invités, c’est déjà une façon de contourner les rubriques. On les utilise pour donner de l’oxygène, mais même là, on se rend compte que les auteurs ne savent pas toujours où se situer.
Le BMS est dans le giron de SAGE, qui est un très gros éditeur universitaire international. Comment se passent vos relations avec Sage ?
Sophie : SAGE nous fait confiance, c’est confortable. SAGE offre une grande autonomie au BMS, sans ingérence sur le contenu. On est face à une industrie qui travaille sur le fait d’avoir le plus possible de revues pour avoir une position dominante. Sage n’interroge pas la rentabilité du BMS, car la revue ne représente qu’un coût marginal. On n’a pas cette question de la viabilité.
Un ancrage historique en sociologie, une évolution vers la science politique ?
Le BMS s’inscrit clairement en sociologie, mais les auteurs se situent aussi bien en sociologie et en science politique…
Viviane : Le BMS a été fondé comme une revue de sociologie méthodologique, mais son comité éditorial actuel est majoritairement composé de politistes.
Sophie : On a un peu basculé de la sociologie à la science politique. Mais c’est une science politique empirique. On n’est pas en théorie politique ni du côté des institutions juridiques. Mais le fait est que, dans le comité éditorial, à l’heure actuelle, Viviane est entre les deux (sociologie et science politique), parce qu’elle est à la fois sociologue et quand même beaucoup sur les objets vraiment politiques. Mais Xabier [Itçaina], Fouad [El Haddad] et moi, on est en science politique. Donc par rapport à ce qu’était l’équipe avant, avec Karl van Meter, Philippe Cibois, Marie-Ange Schilz et Lise Mounier, pour le coup, il y a eu un déplacement.
Viviane : Mais quand on reçoit un article, la question, c’est : “ est-ce qu’on comprend comment c’est fait ?’’ Si on comprend comment c’est fait et qu’on pense que du coup, on ne va pas être les seules dans les gens qui lisent le BMS à comprendre, on accepte. Jamais, on n’a rejeté un texte sur une question purement de discipline. Mais on peut avoir un argument aux auteurs en disant : « Vous ne trouverez pas votre lectorat ici, les gens à qui vous voulez parler ne lisent pas le BMS. » Ça nous arrive. On refuse régulièrement des articles qui sont trop mathématiques pour les lecteurs du BMS.
Sophie. Il faut aussi préciser que le BMS est rarement le premier choix des auteurs. À l’international, il y a beaucoup de revues de méthode, donc pour les textes qui nous arrivent rédigés en anglais, on est soit le choix de gens qui prennent un peu au hasard, soit on reçoit des textes qui ont été refusés ailleurs. Par contre pour les textes en français, on reçoit des articles vraiment originaux qui ne trouvent pas leur place dans des revues plus standardisées.
Internationalisation et bilinguisme
Un autre aspect assez distinctif du BMS est de publier des articles en français et en anglais, ce qui n’est pas si fréquent dans les revues françaises.
Sophie : Le BMS publie en français et en anglais, ce qui en fait une porte d’entrée pour l’internationalisation des chercheurs européens. On est une espèce de médium d’internationalisation pour de jeunes collègues. On voudrait d’ailleurs se positionner plus clairement sur cette niche-là.
Viviane : La qualité de l’anglais a posé problème au début, mais les outils numériques ont aidé. On a demandé à Karl van Meter de relire quelques articles. Maintenant, les auteurs font relire leurs textes par des outils ou des collègues, donc c’est mieux. On a eu deux-trois fois où Karl nous a sauvé la mise en relisant l’anglais. Mais ce n’est plus arrivé dans les deux dernières années. Et deux-trois fois, on a même carrément révisé entièrement l’article. Mais c’est rare maintenant, parce que les auteurs utilisent DeepL ou une IA.
Pour les versions bilingues, on joue aussi avec le matériel supplémentaire. Le BMS utilise le matériel supplémentaire pour partager des versions bilingues, mais aussi des données. On peut mettre ce qu’on veut en matériel supplémentaire : ce n’est pas un problème pour Sage. On utilise cette flexibilité pour les versions bilingues. Il est arrivé qu’on propose à un auteur qui avait écrit en anglais de mettre la version française en matériel supplémentaire. Comme ça, les deux versions sont accessibles, et ça ne nous coûte rien.
À distance de l’open Access et des data papers
De plus en plus de revues sont en open access, comment voyez-vous ce mouvement ?
Sophie : Le BMS n’est pas en open access. SAGE gère ça avec les universités, et nous, nous savons à peine qui a accès à quoi. Par exemple, les textes des auteurs de Louvain sont en open access parce que leur université a un accord avec SAGE. Mais nous, nous n’intervenons pas là-dedans du tout, c’est leur gestion entre eux. Ça, c’est vraiment une question de gros sous. Mais c’est comme ça qu’ils travaillent. Tu vois, on n’est pas du tout dans cette logique-là. On est juste nous sur : comment est-ce qu’on bricole dans nos recherches et on a des idées pour faire d'autres choses plus innovantes que ce que les gens ont l’habitude de faire. En gros, c’est ça. C’est assez archaïque. Mais de toute façon, tant qu’on est publiés par SAGE, la question de l’ouverture ne se pose pas. On ne peut rien faire de notre propre initiative.
Quelle est votre position sur les data papers ? Comment voyez-vous la multiplication de revue qui proposent des data papers ?
Viviane : L’équipe est très réticente par rapport aux data papers. En fait, on a eu des sollicitations. On en a un peu discuté aussi, mais il y a plusieurs enjeux dans cette affaire. En fait, on a des réserves concernant les méthodes quali sur la question du dépôt et de la mise à disposition, l’ouverture des données. C’est vrai que ça peut paraître plus facile sur les données quanti. Mais je vois les data papers comme une manière d’accréditer la qualité des données, leur fiabilité, le fait que ça a été respecté en termes RGPD, que c’est bien pseudo-anonymisé, etc. Et je trouve que c’est très lourd, cette forme d’accréditation, parce que comme on est dans une revue à comité de lecture, ça peut avoir aussi cet aspect-là de dire : “J’ai fait un data paper, ça légitime la qualité de mes données ”. Et ça, je trouve que c’est lourd à gérer. Et je pense que je ne pourrais pas le faire autrement qu’en checkant tout, c’est un boulot à part entière. Cela dit, je ne m’y suis pas intéressée de près, je ne sais pas vraiment si ça revient à une accréditation ou pas de tous ces aspects éthiques, légaux, pseudo et anonymisation, etc. Je n’ai jamais trop creusé à cause de ça et peut-être aussi parce que ça m’intéresse moins du point de vue de mon métier de faire ça, que de réfléchir aux modes de fabrication, au bricolage, éventuellement au contexte de mise en place d’une enquête, etc.
Sophie : Je ne veux absolument pas obliger les gens à ouvrir leurs corpus quanti, mais encore moins quali, parce que ça demande un temps considérable de travail dessus. Je suis restée sur l’idée qu’obliger les chercheurs qui font du quali à faire ce travail, c’est leur prendre un temps considérable de façon relativement inutile, parce que je sais que la plupart des collègues ont envie de produire leurs données, pas d’aller travailler sur les données des autres. Donc autant réfléchir à l’archivage, c’est important, mais ça n’a rien à voir avec le fait de faire l’équivalent des data papers sur des données qualitatives. A la limite, cela peut conduire à la construction d’archives spécifiques sur une thématique. Si on reçoit un papier nous disant : “On réfléchit sur la construction d’une archive.”, très bien : on évalue le papier. Mais ça ne revient pas à nous donner les données. Ça revient à pointer vers une archive qui a été construite et sur laquelle on réfléchit à la façon dont on l’a construite. Donc nous, on n’est pas du tout parti vers les data papers. Au fond, ça ne nous intéresse pas. On pense que c’est un autre métier, le fait de faire de l’archive, et nous, ce qui nous intéresse, c’est… c’est l’inventivité, en fait. Et c’est vrai que tout le processus de vérification, le fait qu’on soit là pour accréditer la validité des données qu’on met dans un data paper, nous ne voulons pas faire ça.
Viviane : Par ailleurs, là je parle aussi en tant qu’ingénieure de recherche, je ne veux pas que les data papers deviennent une manière pour les ingénieurs de publier sans vraiment contribuer à la recherche. Ça peut être piégeux à long terme : ils font leurs data papers, et après, ils ne publient plus rien d’autre. Nous, on ne veut pas jouer ce jeu-là. Je trouve que c’est une manière de botter en touche. Pourquoi ils ne publieraient pas par ailleurs ? Enfin, sur d’autres choses que les data papers ? Donc j’ai aussi une réserve là-dessus, pour dire la chose un peu crûment. A moins de proposer un texte qui va au-delà d’une présentation « factuelle », descriptive d’une enquête, pour revenir sur la « tambouille » : les choix qui ont été faits, ce qui n’a pas marché, les problèmes rencontrés, et finalement, les limites et défauts de l’enquête ; dans ce cas, pour moi ce n’est plus un data paper au sens strict. Et cela, ça nous intéresse.
Vous avez d’abord géré la revue toutes les deux avant d’ouvrir à deux autres éditeurs.
Sophie : On s’est rendu compte qu’à deux, on ne tenait pas la distance, entre la charge de boulot de Viviane et la mienne, quand j’ai pris la direction du Centre Emile Durkheim, c’était vraiment trop. Donc là, on s’est fait aider d’abord par Xabier Itçaina, qui n’est pas spécialiste de méthodes mais qui fait beaucoup de terrain et que la réflexivité intéresse ; puis en accueillant Ahmed Fouad El Haddad, quand on a aussi compris, il y a des mois, qu’on commençait à être dépassé sur les méthodes numériques sur lesquelles nous ne sommes pas compétentes. Donc voilà, il fallait aussi ces compétences. Aujourd’hui, on est dans un modèle vraiment mixte où nous sommes quatre éditeurs, qui nous comportons un peu comme un comité de rédaction, mais nous nous appuyons toujours sur des évaluations externes, en double aveugle.
Viviane et moi allons bientôt nous arrêter. Nous nous demandons si la revue sera reprise par une équipe du CED, ou est-ce qu’elle repartira ailleurs ?’ Il y a aussi le lien avec SAGE, si SAGE change sa politique… ça fait partie des incertitudes.
1 https://journals.sagepub.com/overview-metric/BMS